
Température 16° à 20°, pluvieux
A Santiago Josy a retrouvé des copines... et peut-être un copain. Faut que je laisse pousser la barbe!
Nous sommes déçus par l'état de la cathédrale en travaux avec des échaffaudages partout. La visite est nulle, on ne voit rien. Et ça grouille de touristes... dont nous sommes.
La joie. Sur la place de l'Obradoiro passe un groupe de personnes agées qui suit un guide tenant un parapluie levé. De jeunes pélerins joyeux avec sacs à dos et coquilles qui pendouillent, des gamins d'une école tous habillés de bleu (le teeshirt Camino avec une flèche jaune), un groupe de jeunes portugais chantants tout de mauve vêtus avec en tête plusieurs jeunes filles portant une grande croix ou une multitude de petits rubans multicolores sont attachés.
Un groupe d'ados arrive. Sur leur teeshirt on peut lire 114km. Ils ont fait les 4 ou 5 dernières étapes, étapes nécessaires pour avoir droit au fameux tampon Saint Jacques. En un instant ils se mettent en cercle, et au signal donné ils lancent tous leur Mochila (sac à dos) au milieu en criant.
De temps en temps on aperçoit des pélerins qui se retrouvent et s'embrassent.
Nous sommes assis autour du parvis de la cathédrale, j'ai envie que Dirk arrive maintenant, mais il n'arrivera pas avant plusieurs jours.
Dire que peut-être tout ceci n'est qu'affabulation. Saint Jacques n'aurait jamais mis les pieds en Hispanie. Alors ses reliques ? D'après l'ouvrage "Les secrets de Compostelle" de Philippe Martin universitaire à Lyon II : "Tout commence vers 820 avec un ermite qui aurait suivi une étoile, à la manière des Rois mages. Accompagné d'un évêque du coin, il tombe sur la sépulture de trois personnes décapitées aussitôt identifiées comme saint Jacques et deux de ses disciples. Le roi des Asturies décide illico la construction sur ce corps, en un lieu baptisé campus stellae (le champ d'étoiles), qui devient Compostelle. Un document, qu'on prête faussement à un pape, authentifie les reliques au IXe siècle, puis l'évêque du Puy-en-Velay vient en pèlerinage. La machine est en marche..." Ensuite le Jacquot a été utilisé par l'Espagne pour cristaliser le ressentiment des Espagnols contre l'envahisseur mulsuman les Maures et les bouter hors du pays.
La cathédrale vue de loin depuis un parc où se trouve un immense eucalyptus.
Maintenant la destination de Santiago n'a pas d'importance, le Chemin se fait en marchant.
Josy lit le livre de Henri Vincenot "Les étoiles de Compostelle". Extrait : "Le prophète dit : - suis-moi jeune homme, car tout ce cirque n'est pas le fin bout du pélerinage!... Toujours est-il que près de Noya, puis plus au sud, le long du rio de Padron, il se mit à courir dans tous les sens jusqu'au bord de la falaise en disant : - c'est là! C'est là que les Maîtres ont débarqué! Les Géants venus de la mer, nos maîtres!... ". Encore une légende.
De mon coté j'ai acheté le livre de Jean Christophe Rufin "Immortelle randonnée" dans la boutique de la cathèdrale. Extrait : "Le Chemin apparaît brutalement pour ce qu'il est : un long ruban d'efforts, une tranche du monde ordinaire, une épreuve pour le corps et l'esprit. Il faudra batailler rude pour y remettre un peu de merveilleux"
La statue du prophète vu de dos. La cathédrale vue de l'arrière.
Peut-on comparer le pélerin et le motard ? Le motard est toujours à la recherche de petites routes viroleuses. C'est une confrérie sans l'être, le tutoiement est de règle, le petit signe V dès qu'il croise un autre motard (même les gendarmes à moto, qui sont avant tout des motards comme les autres). Il s'arrête dès qu'il voit un motard debout à coté de sa moto au bord de la route, peut-être a-t-il un soucis. Lors des regroupements de motards, il y a toujours un sujet de discution : la moto, les voyages à moto, l'équipement, etc...
Dès la fin de journée le pélerin et le motard puent. S'il pleut le motard macère dans sa combine de pluie. S'il fait trop beau - au delà de 23° - le motard transpire abondamment. Sans parler de fumet des bottes qu'on enlève le soir. Et puis il y a les conditions climatiques, le froid, le chaud, la pluie. Quand il fait froid le motard ne peut pas se réchauffer en roulant alors que pour le pélerin il suffit de marcher. En ce qui concerne la sécurité, le motard est beaucoup plus vulnérable sur la route que le pélerin. Tout au plus le pélerin peut se faire attaquer par un chien, d'ou son fameux bourdon qu'il arbore fièrement avec la coquille attachée (voir énigmes). Pour le motard l'anticipation et l'attention continues sont de règle pour son véhicule et pour tous les autres conducteurs sur la route.
La quête du motard qui va à Santiago? Bonne question. A mon avis c'est une bonne bière bien fraîche en fin de journée... tous les jours.
Santiago n'est pas une destination prisée par les motards, on a très peu vu de routards motards. Peut-être parce que la bière n'est pas bonne ! La bière est sans doute nettement meilleure dans les pays du nord, c'est pourquoi on cotoie des dizaines de motards à destination du Cap Nord, tout au nord de la Norvège.
Pour terminer notre séjour dans la ville des Jacquets, nous assistons à une messe en espagnol dans une chapelle de la cathédrale. On s'est laissé enfermer dans la chapelle pendant la répétition des chanteurs et puis finalement on assiste à la messe. Le curé se lance dans un long monologue. A part plusieurs "... camino Santiago..." on n'y comprend rien. Puis deux petites filles s'approchent du curé, il fait le signe de croix sur leurs fronts. C'est un baptème. Sur l'Ave Maria.
Concert devant la cathédrale avec les chanteurs Miguel Oliveira et Catarina Araujo. Remarquez le groupe de pélerins qui danse avec leur Mochila sur le dos.
Km parcourus : 230 (total 2950km) - Température 8° à 20°
La fin des terres... la fin de la quête du pélerin. Il s'est trouvé.
Le motard, lui, commence à être mouillé...
Arrêt à l'église de Iria Flavia, cet endroit où le Jacquot sans tête a soit disant débarqué. Voici le tampon ultime du voyage du pélerin. A chaque étape le pélerin fait valider son étape par un tampon sur sa Crédential. Et pour avoir le dernier tampon, celui de Santiago, le pélerin doit avoir marché au moins 100km. Cet ultime tampon est facultatif.
Et puis un peu plus loin on fait une pause vers un minuscule port de pêcheurs.
Ce matin en se levant, c'est une bruine rafalée dans le brouillard. Deux pélerins courageux enpélerinés repartent sur le chemin du retour. On attend...
... et puis n'y tenant plus vers 14H on se permet un bon petit restau de poissons suivi d'une balade vivifiante et embruinée sur la plage de Fisterra. On croise encore quelques pélerins, les jusquauboutistes!
Josy a retrouvé la barque du Pêcheur en bon état malgré 20 siècles sur la plage. Le village de Fisterra.
