
Cinq étapes pour essayer d'appréhender la Sardaigne. Trois étapes en bord de mer : les iles Maddalena pour la beauté sauvage de Caprera, la ville catalane d'Alghero, la baie de Portixeddu. Puis deux étapes dans le centre de l'ile : les origines de la Sardaigne avec le nuraghe de Barumini et pour finir, dans le Supramonte, l'âme sarde libertaire et révolutionnaire du village d'Orgosolo avec ses murs peints.
Les iles Maddalena sont situées entre la Corse et la Sardaigne, à proximité des iles Lavezzi. Ces roches de granit rose unissaient la Corse et la Sardaigne il y a des millions d'années. C'est maintenant un parc national protégé.
28-31 mai, nous sommes logés dans le B&B "La petite maison" (en français dans le texte) sur l'ile de Maddalena. Miriam notre hôtesse, volubile hollandaise, nous concocte tous les matins un petit dèj fabuleux avec chaque jour un thème diffèrent sur la Sardaigne. Ce matin là c'était les ânes albinos de l'ile Asinara.
Le gardien de l'ile Caprera, la plus sauvage des iles Maddalena
"Les caprices de la pierre"(comme dit Christian) ...
... et de la flore
Pour atteindre la minuscule plage de Coticcio dans l'ile de Caprera, il faut crapahuter une heure et demie sur un chemin rocheux difficile. Mais bon, on aime ça, et puis au bout du chemin il y a les doigts de pied en éventail...
De découvrir les iles Maddalena c'est aussi l'occasion de rendre hommage à Guiseppe Garibaldi.
Né en 1807, c'est un homme qui a lutté toute sa vie contre la tyrannie, pour la liberté et la vérité. Il combat pour une Italie unie et républicaine, alors qu'au début du 19e siècle l'Italie était encore morcellée en petits états indépendants et ceci depuis la chute de l'empire romain. Condamné à mort il s'exile en Amérique du Sud en 1835 et s'engage au Brésil, en Uruguay. Et c'est lors de la défense de Montévidéo qu'il fait endosser des tuniques rouges à ses troupes (initialement prévues pour des bouchers argentins). Il revient en Italie et devient vite un des héros du Risorgimento ("renaissance"), de la réunification de l'Italie. Mais il est de nouveau proscrit et exilé à l'ile de Caprera en 1848 ou il découvrira un endroit magnifique et ou il reviendra toujours. Il parcourt le monde : Tunisie, New York, Pérou, Chine... Mais il ne peut résister à l'appel de l'Italie et rentre en 1854. Il participera encore à la libération de la Sicile.
Garibaldi férocement anticlérical a une idée fixe : chasser le pape de Rome (ce qui nous le rend forcément sympathique). D'ailleurs il donne le nom de "Pionono" (pie IX) à son âne de Caprera.
En 1870, Gambetta en France lui demande un coup de main pour repousser les Prussiens. Il accepte alors qu'il 63 ans. Il combattra avec ses deux fils dans l'armée des Vosges. Ensuite il revient dans l'ile de Caprera ou il finira sa vie et y sera enterré.
Total respect !
Un sanglier surgit du maquis à l'entrée du musée Garibaldi. Est-ce le directeur du musée, descendant de Garibaldi, qui prend la photo?
La photo de l'âme sarde libre. "Bon, vous ne me filez rien à bouffer, j'me casse!"
Quatre siècles de domination espagnole, de 1300 à 1700 environ, ont fait d'Alghero une ville vraiment plus catalane que sarde. En 1372 les Catalans-Aragonais (non c'est compliqué, on va pas tout raconter non plus!) chassèrent tous les Sardes de la ville. En 1501 Alghero devint une ville royale espagnole interdite aux Sardes.
Premier Juin, la ballade des remparts, ponctuées par des tours aragonaises. Au loin le Capo Caccia.
La grotte de Neptune à quelques kilomètres d'Alghero au Capo Caccia. On y accède soit par bateau (solution la plus facile), ou par un escalier de 654 marches que Josy a préféré, bien sûr.
Portixeddu est un tout petit village en bord de mer avec une immense plage de sable qui s'étend sur plusieurs kilomètres. C'est une bonne étape pour la baignade.
5 juin, la plage vue depuis la terrasse de l'appartement qu'on a loué pour 2 jours, après avoir quitté l'hotel initialement prévu, trop cher pour les prestations, trop isolé et loin de la plage, et surtout avec un chemin d'accès difficile en moto. Là, le restau est juste en dessous de l'appart, ce qui ne gâche rien. La plage vue de l'autre côté
Le Pan di Zucchero; visite à la mine Port Flavia (plomb et zinc) malheureusement fermée.
En se balladant sur le chemin pour aller à la mine de Flavia, on découvre du bois d'arbre fossilisé dans le coteau. Et puis plus tard en regardant les photos attentivement, on aperçoit de l'ambre dans les nervures du bois! Zut alors, si j'eu vu j'eu pris! On y retourne?
Parcours de Portixeddu à Barumini en passant par l'ile la plus au sud de la Sardaigne, l'ile de San Antioco reliée par un pont. En remontant vers le nord après quelques virages en moyenne montagne, les routes deviennent droites de chez Droite. Et il fait très très chaud (35°), on s'arrête dans un petit village pour se reposer à l'ombre. Un vieux vient s'assoir vers nous. Il a 87 ans, c'est un ancien mineur qui a travaillé dans les mines en Belgique et à Carbonia au sud de la Sardaigne. Il nous invite chez lui chercher des citrons, nous fait gouter son vin et nous parle de sa famille. Très sympathique : "A l'année prochaine!" nous dit-il
On arrive à Barumini dans l'après midi à l'hôtel. De loin je vois le nombre de voitures garées vers l'hotel et l. Là je me dis : "heureusement qu'on a réservé!". Et puis en fait c'est un repas de famille, nous sommes les seuls clients de l'hôtel. Simona la serveuse (qui parle français) nous dit que c'est le repas de Confirmation d'un gamin et qu'ils ont eu à servir 130 personnes. Qu'est ce ça tchatchent les Italiens! ILs nous offrent un rafraichissement avec un morceau de tarte aux citrons du repas de midi.
Ces collines naturelles en forme de mamelles ont été formées par l'eau et le vent il y a des millions d'années.
Le site archéologique de Su Nuraxi est le but du voyage à Barumini. C'est la plus grande forteresse nuragique de l'ile. Les nuraghe ont été construits à partir de 1800 ans avant Jean Claude. Actuellement on en dénombre environ 7000 dans l'ile. Le nuraghe de Barumini est intéressant car c'est un des mieux conservés. Il a été entièrement excavé dans les années 50 par le plus grand archéologue Sarde Giovanni Lilliu.
Les petits chevaux sauvages du plateau de la Giara descendants des chevaux importés par les Pheniciens. Ils vivent libres sur ce plateau qui a comporté jusqu'à 22 nuraghes à sa périphérie. C'est de cet endroit, à une dizaine de kilométres de Barumini, que viennent les blocs de pierre du nuraghe Su Nuraxi.
A cotê de Barumini les réserves de bois des pizzaïlo...
Village de moyenne montagne à 680m d'altitude dans le Supramonte au Nord du Gennargentu ou se trouvent les plus hautes montagnes de Sardaigne (env 1800m). C'est un village tout en pente avec une artère principale à l'horizontale, pas bien large, ou l'on trouve la majeure partie des murs peints.
Dans cette artère vivante et bruyante, c'est une circulation interrompue de voitures (surtout des 4x4) qui frôlent les passants, et quelque soit l'heure qui klaxonnent sans arrêt, des voitures garées n'importe ou, des cavaliers qui passent de temps en temps, des petites vieilles ou des vieux qui papotent assis sur une chaise sur le trottoir, des gars qui discutent dehors debout ou assis en terrasse avec une bière, des gamines qui se balladent en bande. Et puis pour ponctuer tout ça, l'espèce d'oiseau au cri de 'camion poubelle qui recule' qui nous réveille la nuit et le camion qui passe tôt le matin avec son mégaphone qui dit genre "peau de lapin, chiffonnier!" mais en italien ou en sarde (va savoir!) et qui vend des légumes (on suppose).
L'histoire des murs peints d'Orgosolo débute en 1969. Cette année là le gouvernement italien décide d'installer un camp d'entraînement militaire à proximité d'Orgosolo. Les habitants refusent ce projet, s'organisent en mouvement de contestation non-violent. Des anarchistes milanais et des artistes locaux commencent à peindre des slogans politiques sur les murs. Ils obtiendront gain de cause. Depuis la municipalité a encouragé les artistes locaux à continuer à peindre les murs. En France à la même époque (en 1971) c'est le projet d'extension du camp militaire au Larzac qui enflamme les esprits. Depuis la réunification de l'Italie les habitants d'Orgosolo ont toujours été réfractaires à l'ordre établi. On disait alors qu'Orgosolo était un repaire de bandits d'honneur sardes. Maintenant ils ont gardé une forte conscience politique et sociale.
On remarque la façade criblée de balles...
14 juin, juste avant d'arriver à Olbia pour prendre le ferry pour Civitaveccia sur le continent italien proche de Rome, on fait une pause au Capo di Cavallo pour voir le cadre de vie des pauvres gens qui y vivent, histoire de baver un peu. Quelle misère!
